Vivre l’instant présent sur 24 h


Le temps, pas à pas, seconde après seconde

La différence entre vivre en pleine conscience et vivre sans fait penser à la différence entre goûter un plat et s’en goinfrer. Tout est dans l’intention : observer, rester curieux, réfreiner les jugements, appréhender ce qui vient avec bienveillance. Et cela, sans vouloir aller plus vite que la musique.

Au-delà de ces mots d’un lyrisme vibrant, il y a une attitude toute simple : je suis là, connecté à l’instant présent, et je ne cherche rien d’autre. Je « suis », c’est bon, et c’est tout.

C’est comme un « switch », un basculement à opérer entre notre goinfrerie, qui consiste à avaler la vie comme les kilomètres un jour de départ en vacances, et le fait, une fois arrivé, d’enfin se poser sur la plage, sans rien dire, sans rien faire, dévorant tout des yeux et des sens en se disant : « Ça y est, je suis arrivé. »

« Ça y est, je suis arrivé »… dans l’instant présent

Ce « Ça y est, je suis enfin arrivé », si intense, si heureux, de ce premier instant de vacances tant rêvé, je peux le copier-coller vers chaque instant présent de labeur quotidien. Je peux apprendre à voir dans ce quotidien un peu terne quelque chose qui évoque l’enthousiasme des vacances, quelque chose de neuf et de stimulant : la vie qui est là.

« Je suis arrivé » ou, plutôt, « Tiens, voilà la vie qui m’arrive ! » Cette vie qui est toujours neuve, que ce soit à la mer, à la montagne, ou – tiens donc – … au bureau. Tout est question de regard.

Et pourquoi le marin-pécheur ne voit-il pas toujours la plage avec autant d’enthousiaste que le parisien rendu blafard par six mois d’absence de soleil? Tout est dans l’intention. Quelle est donc la mienne lorsque j’observe mon corps, mes sensations, les sons qui m’entourent, mes proches? Quelle est ma curiosité face à cet instant tout neuf qui m’est offert ?
Ouvrir ma curiosité : contempler ce que l'instant présent m'offre maintenant.

Cultiver le « switch »

C’est un « switch », un retournement de posture pour aborder la réalité en prenant soin de chaque instant, de chaque relation. En langage chrétien, on dit « conversion ». Armé de l’attention à l’instant présent, il y a matière à changer de regard sur la trame entière de son quotidien.

La vie monastique nous montre le chemin en équilibrant de façon si habile le travail, le repos et la contemplation. Les moines et moniales cultivent ces trois axes non seulement dans l’organisation de la journée mais aussi dans la forme d’attention portée à chaque moment du jour.

Pour vivre ma vie avec la même intensité, voici, non pas douze commandements, mais seulement quelques pistes… à compléter :

  1. Lorsque je conduis, je reste attentif à mes sensations corporelles, aux tensions qui peuvent s’installer sur le visage, dans les épaules.
  2. Dans la circulation, je prends conscience de la façon dont je me laisse entraîner par mes pensées ou… par les autres conducteurs, jusqu’à parfois aller trop vite, trop près, agir avec brutalité… pour gagner quelques mètres ! Je fais alors le choix de rester sur la file de droite le temps de reprendre mes esprits.
  3. Dans mes déplacements à l’extérieur, au bureau, je cherche dès que je le peux un contact visuel avec la nature, le ciel, les nuages. Je m’éloigne de l’agitation mentale pour rester connecté à la réalité.
  4. A mon bureau, soit je réponds à mes mail, soit je passe des coups de fil, soit je rédige un rapport… en coupant le téléphone… Sans tout mélanger, je suis pleinement à ce que je suis.Fuir l'énervement, cultiver la paix instant après instant
  5. Je fais le choix de vivre avec une véritable curiosité les activités les moins plaisantes. Je reste là, accueillant la réalité sans vouloir que ce soit autrement, ailleurs ou mieux.
  6. Une fois par heure, je fais le choix d’une minute pour ’être’ au lieu de ‘faire’. Une série de respirations conscientes, quelques étirements. Je me tourne vers l’intérieur, vers Dieu, toujours présent.
  7. Au déjeuner, j’évite les sujets de conversation liés au travail. J’essaie d’être à l’écoute des autres et de ce qui les anime intérieurement.
  8. Plutôt qu’un café ou des bavardages, une marche à l’extérieur, captant le soleil, les nuages, le vent…Guetter chaque trace de la nature autour de soi pour s'ancrer dans la vraie vie.
  9. J’utilise tous les signaux corporels (fatigue, tension, engourdissement…) et tous les signaux extérieurs (sonneries et perturbations diverses, sirène à l’extérieur…) comme autant d’invitations à me recentrer, pour être là et pas ailleurs.
  10. J’accueille chaque rencontre avec curiosité, freinant les jugements sur l’autre, sur moi. J’accueille l’autre comme un envoyé de Dieu. S’il sollicite mon écoute, j’écoute vraimentSans chercher à placer mes questions, mes jugements, mes conseils…
  11. Montant dans ma voiture, moteur éteint, je m’immerge dans le calme. Quelques secondes pour ‘être’, et récapituler avec gratitude les rencontres marquantes du jour,  avant de passer à la suite.
  12. De retour chez moi, je prends le temps d’écouter réellement mes proches, les regarder. Qu’est-ce qui a été important pour eux pendant cette journée ? J’essaie de leur restituer ce que je perçois de leur état et de leurs désirs.

 

 

A chaque jour suffit sa peine. Mais chaque instant peut devenir un havre de quiétude et de bienveillance pour autrui.

« Ne soyez pas inquiets en vous demandant : “Qu’est-ce que nous allons manger ?
Qu’est-ce que nous allons boire ? Avec quoi est-ce que nous allons nous habiller ? ”
En effet, les gens qui ne connaissent pas Dieu cherchent tout cela sans arrêt.

Vous avez besoin de toutes ces choses, et votre Père qui est dans les cieux le sait bien.
Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et ce que Dieu demande.

Il vous donnera tout le reste en plus.

Donc, ne vous faites pas de souci pour demain. Demain se fera du souci pour lui-même.
La fatigue d’aujourd’hui suffit pour aujourd’hui ! »

Evangile selon saint Matthieu, chapitre 6

 


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