Où rencontrer Dieu ? (2)


Chercher Dieu en moi,
rencontrer Dieu en toi

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?…
J’appelle tout le jour et tu ne réponds pas…
Ne sois pas loin, l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider… »
Psaume 22

Il y a quelque chose de révoltant à lire ce cri au sein même de la Bible. Eh quoi, Dieu nous donne la vie, il nous place sur la grande piste du monde en nous assurant de son amour, et nous devons nous coltiner la tristesse, le malheur, la mort ?

A vrai dire, nous aimerions tellement que Dieu soit le grand mécanicien du monde, président au choix et à la succession des événements du haut de son siège astral. Nous aimerions tant qu’il nous protège de nos bêtises, faisant de nous de petits enfants aussi insupportables que dénués de toute responsabilité.

La première phrase du psaume 22, hurlée par Jésus sur la croix quelques secondes avant sa mort, est un mystère insurmontable : Dieu prend définitivement l’homme au sérieux. Y compris lorsque ce dernier opte pour les pires solutions comme celle de maltraiter son frère humain.

Dieu, même lorsqu’il subit cela de la part de celui qu’il a créé, lorsqu’il le subit sur la croix, ne bronche pas. Il ne fait recours à aucune forme de magie qui pourrait arranger les choses, détourner le cours des événements.

Même les miracles de Jésus n’en sont pas vraiment : ils ne font que suspendre temporairement le cours des choses. Tout redeviendra « normal » quelques temps plus tard. Le sourd perdra l’ouïe dans ses vieux jours. Lazare finira par mourir de sa belle mort. L’aveugle deviendra presbyte à la cinquantaine. Les signes de Jésus ne sont qu’un appel à voir la réalité autrement, à entendre combien l’Amour voudrait voir tourner le monde dans un autre sens.

Dieu ne joue pas avec nous. L’inverse est plus fréquent.

Le véritable cours des événements nous appartient et Dieu se tient strictement à cela. Lorsqu’il intervient, il intervient comme Jésus le fait, comme un homme qui propose une autre manière d’être. Mais cette proposition est soumise au bon vouloir de son entourage. Aujourd’hui comme en Galilée il y a vingt et un siècles, sa proposition est soumise à notre bonne volonté.

Dieu propose l’amour, nous disposons. Il a voulu que la course du monde actuel fonctionne ainsi, laissant toute la place à notre liberté, y compris lorsqu’elle devient folle. Cela ne tient d’ailleurs que pour ce monde-ci, puisque Jésus nous assure que c’est bien lui qui aura le dernier mot de l’Histoire.

Dieu ne joue pas avec nous mais nous, nous jouons souvent à dieu : rêvant d’être les maîtres du monde, libre à nous de devenir les petits maîtres insupportables de notre entourage. D’un côté, nous reprochons à Dieu de ne pas intervenir dans ce monde lorsqu’il ne nous plaît pas. De l’autre, nous en profitons bien quand ça nous arrange : nous savons bien qu’ici-bas, le Ciel ne tombe sur la tête de personne.

Si Dieu ne vient pas commander les événements, Il vient en Conseiller intérieur de notre gestion de ces événements. Dieu ne manipule pas l’histoire, Il nous accompagne du dedans pour nous apprendre à la vivre à sa manière : la manière de Jésus. Où rencontrer Dieu ? Il se présente humblement à nous, frappant à la porte de notre conscience pour y faire sa demeure.

Dieu est donc en nous. Or, la tentation existe de coloniser le « nous » pour ne garder de la phrase que le versant qui nous intéresse : Dieu se tient en… moi.

Dieu se tient en moi comme il se tient en l’autre.

C’est comme une pièce de monnaie : elle a deux faces et jamais l’une ne se promène sans l’autre. La face B, c’est que si Dieu est en moi, il n’y a aucune raison qu’il ne se tienne pas aussi en toi. En l’autre. L’emmerdeur. Celui qui ne pense pas comme moi. Celle qui ne fait pas comme je voudrais. Celui dont je vois plus que ce qui nous différencie.

Cette Présence en moi ne poursuit aucun but intéressé, aucun objectif. Il vient gratuitement. Pour moi. Pour l’autre. Cette gratuité, si elle me touche rien qu’un peu, devrait finir par me bouleverser. Et bouleverser ma manière d’être. Je ne peux alors plus regarder l’autre que comme une part de moi-même. Et, lorsqu’il souffre, me tenir à ses côtés, faire du mieux que je peux pour que diminue sa souffrance.

C’est peut-être finalement le grand pari de Dieu. Puisque ce n’est pas son genre de téléguider l’histoire en nous asservissant à son bon vouloir, il espère que l’amour qui est le sien va nous séduire, devenir contagieux, et nous conduire à faire de cette terre un lieu plus juste et plus habitable pour chacun.

Autant la présence de Dieu peut me consoler dans mon malheur, autant il attend que j’aille consoler celui qui souffre à portée de cœur. Ainsi le cri du psaume 22 se laisse-t-il compléter par le cri d’Isaïe : « Le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires, et traiter durement ceux qui peinent pour vous… Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? » (Isaïe 58).

Méditer, prier, c’est un genre de jeûne, le choix du silence et du détachement. Pour que ce jeûne ne devienne pas un scandale en nous rabaissant, il doit conduire au jeûne de l’ego : le détachement de nous pour l’attachement au sort de nos frères humains.

Dieu est en toi comme en moi, étoile du levant.

« Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes,
rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ?
N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim,
accueillir chez toi les pauvres sans abri,
couvrir celui que tu verras sans vêtement,
ne pas te dérober à ton semblable ?

Alors ta lumière jaillira comme l’aurore
et tes forces reviendront vite. »

Livre du prophète Isaïe, chapitre 58

 


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